“Et par contre, si je communique à mes hommes l’amour de la marche sur la mer, et que chacun d’eux soit ainsi en pente à cause d’un poids dans le cœur, alors tu les verras bientôt se diversifier selon leurs mille qualités particulières. Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un. Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un, et à la lumière duquel il n’est plus rien qui soit contradictoire mais communauté dans l’amour.
C’est pourquoi toujours je collabore, ouvrant les bras à mes ennemis pour qu’ils m’augmentent, sachant qu’il est une altitude d’où le combat me ressemblerait à l’amour.
Créer le navire, ce n’est point le prévoir en détail. Car si je bâtis les plans du navire, à moi tout seul, dans sa diversité, je ne saisirai rien qui vaille la peine. Tout se modifiera en venant au jour et d’autres que moi peuvent s’employer à ces inventions. Je n’ai point à connaître chaque clou du navire. Mais je dois apporter aux hommes la pente vers la mer.”
“Et par contre, si je communique à mes hommes l’amour de la marche sur la mer et que chacun d’eux soit ainsi en pente à cause d’un poids dans le cœur, alors tu les verras bientôt se diversifier selon leur mille qualités particulières.
Celui-là tissera des toiles, l’autre dans la forêt par l’éclair de sa hache couchera l’arbre. L’autre encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les étoiles afin d’apprendre à gouverner. Et tous cependant ne seront qu’un.
Créer le navire ce n’est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le goût de la mer qui est un et à la lumière duquel il n’est plus rien qui soit contradictoire mais communauté dans l’amour.
C’est pourquoi toujours je collabore, ouvrant les bras à mes ennemis pour qu’ils m’augmentent, sachant qu’il est une altitude d’où le combat me ressemblerait à l’amour.Créer le navire ce n’est point le prévoir en détail. Car si je bâtis le navire à moi tout seul dans sa diversité, je ne saisirai rien qui vaille la peine. Tout se modifiera en venant au jour et d’autres que moi peuvent s’employer à ces inventions
Je n’ai point à connaître chaque clou du navire.
”
Mais je dois apporter aux hommes la pente vers la mer.
“Ce miracle ne dénoua pas le drame, il l’effaça, tout
simplement, comme la lumière, l’ombre. Aucun drame n’avait plus
eu lieu. Ce miracle ne modifia rien qui fût visible. La mauvaise
lampe à pétrole, une table aux papiers épars, les hommes adossés
au mur, la couleur des objets, l’odeur, tout persista. Mais toute
chose fut transformée dans sa substance même. Ce sourire me
délivrait. C’était un signe aussi définitif, aussi évident dans ses
conséquences prochaines, aussi irréversible que l’apparition du
soleil. Il ouvrait une ère neuve. Rien n’avait changé, tout était
changé. La table aux papiers épars devenait vivante. La lampe à
pétrole devenait vivante. Les murs étaient vivants. L’ennui suinté
par les objets morts de cette cave s’allégeait par enchantement.
C’était comme si un sang invisible eût recommencé de circuler,
renouant toutes choses dans un même corps, et leur restituant une
signification.”
(http://wqref.free.fr/Wqref/livres/Saint-Exup%E9ry,%20Antoine/St-Exupery%20-%20Lettre%20A%20Un%20Otage.pdf)
“Vous ne les comblerez point de formules qui sont vides, mais d’images qui charrient des structures.
Vous ne les emplirez point d’abord de connaissances mortes. Mais vous leur forgerez un style afin qu’ils puissent saisir.
Vous ne jugerez pas de leurs aptitudes sur leur seule apparente facilité dan telle ou telle direction. Car celui-là va le plus loin et réussit le mieux qui a travaillé le plus contre soi-même.
Vous tiendrez donc compte d’abord de l’amour.”
“Il fait partie des êtres larges qui acceptent de couvrir de larges horizons de leur feuillage. Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde.”
“De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ? Autant que les êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel. Les choses. je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est certain arrangement des choses. La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement.”
Dernière Lettre de St Ex →
Antoine de Saint Exupéry : mythe absolu de l’aviateur et de l’écrivain, auteur du Petit-Prince et de nombreux romans, est mort au combat le 31 juillet 1944. La veille, il écrit au général X et s’exprime avec une lucidité exceptionnelle sur la condition de l’homme moderne. Testament…